EIII - Proposition 21

  • 8 mai 2004

Qui imagine ce qu’il aime affecté de Joie ou de Tristesse, sera également affecté de Joie ou de Tristesse et l’une et l’autre affections seront plus grandes ou moindres dans l’amant, selon qu’elles le seront dans la chose aimée.

DÉMONSTRATION

Les images des choses (comme nous l’avons montré dans la Prop. 19) qui posent l’existence de la chose aimée, secondent l’effort de l’Âme par lequel elle s’efforce d’imaginer cette chose. Mais la Joie pose l’existence de la chose joyeuse, et cela d’autant plus que l’affection de Joie est plus grande, car elle est (Scolie de la Prop. 11) un passage à une perfection plus grande ; donc l’image de la Joie de la chose aimée seconde dans l’amant l’effort de l’Âme, c’est-à-dire (Scolie de la Prop. 11) affecte l’amant de Joie, et cela d’autant plus que cette affection aura été plus grande dans la chose aimée. Ce qui était le premier point. De plus, quand une chose est affectée de Tristesse, elle est dans une certaine mesure détruite, et cela d’autant plus qu’elle est affectée d’une Tristesse plus grande (même Scolie de la Prop. 11) ; et ainsi (Prop. 19) qui imagine que ce qu’il aime est affecté de Tristesse, en est également affecté, et cela d’autant plus que cette affection aura été plus grande dans la chose aimée. C.Q.F.D. [*]


Qui id quod amat lætitia vel tristitia affectum imaginatur, lætitia etiam vel tristitia afficietur et uterque hic affectus major aut minor erit in amante prout uterque major aut minor est in re amata.

DEMONSTRATIO :

Rerum imagines (ut in propositione 19 hujus demonstravimus) quæ rei amatæ existentiam ponunt, mentis conatum quo ipsam rem amatam imaginari conatur, juvant. Sed lætitia existentiam rei lætæ ponit et eo magis quo lætitiæ affectus major est : est enim (per scholium propositionis 11 hujus) transitio ad majorem perfectionem : ergo imago lætitiæ rei amatæ in amante ipsius mentis conatum juvat hoc est (per scholium propositionis 11 hujus) amantem lætitia afficit et eo majore quo major hic affectus in re amata fuerit. Quod erat primum. Deinde quatenus res aliqua tristitia afficitur eatenus destruitur et eo magis quo majore afficitur tristitia (per idem scholium propositionis 11 hujus) adeoque (per propositionem 19 hujus) qui id quod amat tristitia affici imaginatur, tristitia etiam afficietur et eo majore quo major hic affectus in re amata fuerit. Q.E.D.


[*(Saisset :) Celui qui se représente l’objet aimé comme saisi de tristesse ou de joie éprouve ces mêmes affections ; et chacune d’elles sera plus ou moins grande dans celui qui aime suivant qu’elle est plus ou moins grande dans l’objet aimé. Démonstration Les images des choses qui impliquent l’existence de l’objet aimé favorisent (comme nous l’avons démontré dans la Propos. 19) l’effort que fait l’âme pour se représenter cet objet aimé. Or, la joie exprime l’existence de celui qui l’éprouve, et d’autant plus qu’elle même est plus grande ; car la joie est (par le Scol. de la Propos. 11) le passage à une plus grande perfection. Donc, l’image de la joie dans l’objet aient favorise l’effort de l’âme de celui qui aime ; en d’autres termes (par le Scol. de la Propos. 11), elle le réjouit, et avec d’autant plus de force que la joie est plus grande dans l’objet aimé. Voilà le premier point. En second lieu, tout être, en tant qu’il est saisi de tristesse, tend à la destruction de son être, avec d’autant plus de force que sa tristesse est plus grande (par le même Scol. de la Propos. 11) ; et, en conséquence (par la Propos. 19), celui qui se représente l’objet aimé dans la tristesse éprouvera aussi cette affection, et avec d’autant plus de force qu’elle sera plus grande dans l’objet aimé. C. Q. F. D.

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