Lettre 10 - Spinoza à Simon de Vries

  • 22 juillet 2005


AU TRÈS SAVANT JEUNE HOMME SIMON DE VRIES

Benoît de Spinoza.

Mon ami,

Vous me demandez : l’expérience nous est-elle nécessaire pour savoir si la définition d’un attribut est vraie ? Je réponds que nous n’avons jamais besoin de l’expérience, sinon pour ce qui ne peut se conclure de la définition que nous donnons d’une chose, comme par exemple l’existence des Modes, car elle ne peut se conclure de la définition de la chose. Mais nous n’avons pas besoin de l’expérience pour connaître ce dont l’existence ne se distingue pas de l’essence et, par suite, se conclut de la définition. Bien plus, aucune expérience ne pourra jamais nous donner pareille connaissance, car l’expérience ne nous enseigne pas les essences des choses ; le plus qu’on puisse attendre d’elle est qu’elle dirige l’esprit de telle façon qu’il s’applique à certaines essences seulement. Puis donc que l’existence des attributs ne diffère pas de leur essence, aucune expérience ne pourra jamais nous la faire saisir.

Vous me demandez encore si les choses réelles et leurs affections sont des vérités éternelles. Je réponds qu’elles en sont. Mais alors, direz-vous, pourquoi ne pas les appeler des vérités éternelles ? Pour les distinguer, répondrai-je, ainsi qu’il est d’usage commun, de ces vérités qui ne font connaître aucune chose et aucune affection, celle-ci par exemple : rien ne vient de rien ; de telles propositions, dirai-je, et autres semblables sont appelées, au sens absolu du mot, des vérités éternelles par où l’on ne veut rien dire sinon qu’elles n’ont de siège que dans l’esprit, etc.


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