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Publié : 9 janvier

Negri : "Spinoza, le père de tous les athées"

« Un homme libre ne pense à aucune chose moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie. »(Spinoza, Ethique, IV, 67

La vie est une prison quand on ne la construit pas, et quand le temps de la vie n’est pas appréhendé librement. On peut aussi bien être libre en prison qu’en dehors de la prison. La prison n’est pas un manque de liberté, tout comme la vie n’est pas la liberté - tout au moins la vie des travailleurs. Le problème n’est donc pas qu’il faille nécessairement faire le détour de la prison, je n’en fais pas une philosophie. Il n’y a pas à passer par la privation, ce n’est pas une condition de la philosophie. Le fait est qu’il faut faire vivre les passions positives, c’est-à-dire celles qui sont capables de construire quelque chose aussi bien en prison qu’à l’extérieur. Les passions positives sont celles qui construisent les communautés, qui libèrent les relations, qui déterminent de la joie. Et tout cela est complètement déterminé par la capacité que l’on a à saisir le temps, à le traduire en un processus éthique, c’est-à-dire en un processus de construction de joie personnelle, de communauté, et de libre jouissance de l’amour divin, comme le dit Spinoza, le père de tous les athées. (Antonio Negri, Exil)

Puissance de la solitude

Aujourd’hui, il n’y a plus de prophète susceptible de parler dans le désert et de raconter qu’il connaît un peuple à venir, un peuple à construire. Il n’y a que les militants, c’est-à-dire des personnes capables de vivre jusqu’au bout la misère du monde, d’identifier les nouvelles formes d’exploitation et de souffrance, et d’organiser à partir de ces formes des processus de libération, précisément parce qu’ils participent directement à tout cela. La figure du prophète, fût-elle celle des grands prophètes à la Marx ou à la Lénine, est complètement dépassée. Aujourd’hui, il nous reste simplement cette construction ontologique et constituante « directe », que chacun de nous doit vivre jusqu’au bout. On peut faire des parenthèses dans la vie, on peut être plus ou moins seul et de manière différente, mais la vraie solitude, celle qui compte, c’est celle de Spinoza : une solitude qui est aussi un acte constitutif de l’être-autour-de-soi, de la communauté, et qui passe à travers l’analyse concrète de chacun des atomes du réel, une solitude qui distingue, au coeur de chacun de ces atomes, la désunion, la rupture, l’antagonisme, et qui agisse sur eux pour forcer le processus à aller de l’avant. (A. Negri, Exil)