EIII - Définitions des affects - 04

  • 20 mai 2004

Il y a Étonnement quand à l’imagination d’une chose l’Âme demeure attachée, parce que cette imagination singulière n’a aucune connexion avec les autres (voir Prop. 52 avec son Scolie).

EXPLICATION

Dans le Scolie de la Proposition 18, Partie II, nous avons montré pour quelle cause l’Âme passe aussitôt de la considération d’une chose à la pensée d’une autre, savoir parce que les images de ces choses sont enchaînées entre elles et ordonnées de façon que l’une suive l’autre ; or on ne peut concevoir qu’il en soit ainsi quand l’image de la chose est nouvelle, mais alors l’Âme sera retenue dans la considération de cette chose jusqu’à ce qu’elle soit déterminée par d’autres causes à penser à d’autres. Considérée en elle-même, l’imagination d’une chose nouvelle est donc de même nature que les autres et, pour ce motif, je ne range pas l’Étonnement au nombre des affections, et je ne vois pas de motif pour le faire, puisque, si l’Âme est distraite de toute autre pensée, cette distraction qu’elle subit ne provient d’aucune cause positive, mais seulement de l’absence d’une cause qui de la considération d’une certaine chose la détermine à penser à d’autres. Je reconnais donc seulement trois affections primitives ou fondamentales (comme dans le Scolie de la Prop. 11), savoir celles de la Joie, de la Tristesse et du Désir ; et, si j’ai dit quelques mots de l’Étonnement, c’est parce que l’usage s’est établi de désigner certaines affections dérivant des trois primitives par d’autres noms, quand elles se rapportent à des objets qui nous étonnent ; pour le même motif je joindrai ici la définition du Mépris. [*]


Admiratio est rei alicujus imaginatio in qua mens defixa propterea manet quia hæc singularis imaginatio nullam cum reliquis habet connexionem. Vide propositionem 52 cum ejusdem scholio.

EXPLICATIO :

In scholio propositionis 18 partis II ostendimus quænam sit causa cur mens ex contemplatione unius rei statim in alterius rei cogitationem incidat videlicet quia earum rerum imagines invicem concatenatæ et ita ordinatæ sunt ut alia aliam sequatur, quod quidem concipi nequit quando rei imago nova est sed mens in ejusdem rei contemplatione detinebitur donec ab aliis causis ad alia cogitandum determinetur. Rei itaque novæ imaginatio in se considerata ejusdem naturæ est ac reliquæ et hac de causa ego admirationem inter affectus non numero nec causam video cur id facerem quandoquidem hæc mentis distractio ex nulla causa positiva quæ mentem ab aliis distrahat, oritur sed tantum ex eo quod causa cur mens ex unius rei contemplatione ad alia cogitandum determinatur, deficit.
Tres igitur (ut in scholio propositionis 11 hujus monui) tantum affectus primitivos seu primarios agnosco nempe lætitiæ, tristitiæ et cupiditatis nec alia de causa verba de admiratione feci quam quia usu factum est ut quidam affectus qui ex tribus primitivis derivantur, aliis nominibus indicari soleant quando ad objecta quæ admiramur, referuntur ; quæ quidem ratio me ex æquo movet ut etiam contemptus definitionem his adjungam.


[*(Saisset :) L’admiration est cette façon d’imaginer un objet qui attache l’âme exclusivement par le caractère singulier de cette représentation qui ne ressemble à aucune autre (voy. Propos. 52 et son Scol.). Explication Nous avons montré, dans le Scol. de la Propos. 18, partie 2, par quelle cause l’âme va de la contemplation d’un certain objet à la pensée d’un autre objet, savoir, parce que les images de ces objets sont ainsi enchaînés l’une à l’autre et dans un tel ordre que celle-ci suit celle-là. Or cela ne peut arriver quand l’âme considère une image qui lui est nouvelle. Elle doit donc y rester attachée jusqu’à ce que d’autres causes la déterminent à de nouvelles pensées. On voit par là que la représentation d’une chose qui nous est nouvelle est de la même nature, quand on la considère en elle-même, que toutes les autres représentations ; et c’est pourquoi je ne compte pas l’admiration au nombre des passions, ne voyant aucune raison de l’y comprendre, puisque cette concentration de l’âme ne vient d’aucune cause positive, mais seulement de l’absence d’une cause qui détermine l’imagination à passer d’un objet à un autre. Je ne reconnais donc (comme j’en ai déjà averti au Scol. de la Propos. 11) que trois affections primitives ou principales, qui sont la joie, la tristesse et le désir ; et si j’ai parlé de l’admiration, c’est que l’usage a donné à certaines passions qui dérivent des trois passions primitives des noms particuliers quand elles ont rapport aux objets que nous admirons. C’est aussi cette raison qui m’engage à joindre ici la définition du mépris.

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